Cocottes & Vous

Cocottes & vous

Suis-je une mère en carton !?

Par @haut_les_nains

Maman : on m’avait prévenue que le rôle serait difficile. Et comme il n’y avait pas de casting pour l’obtenir, pas de répétition pour m’y préparer, je doute souvent de le mériter. Ou plus exactement, je ne suis pas certaine de le jouer correctement. D’être à la hauteur de ce rôle principal qu’on m’a confié, et dont le tournage se déroule sur autant d’années. Il faut dire que sur le plateau, les gens ne sont pas toujours là pour m’encourager…

Ça a commencé dans la salle d'accouchement.

Le travail dure depuis des heures, je suis épuisée et quand la sage-femme me demande de pousser, je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus. « Mais, vous n’avez pas pris de cours de préparation à l’accouchement ? », me demande-t-elle, mi-inquiète, mi-agacée. Bien sûr que j’en ai pris. Mais bon, des élèves qui pensent avoir compris la leçon et se plantent au moment de l’exercice, j’en connais. Foi d’enseignante qui tombe de haut à chaque session de corrections de cahier.

Quelques jours plus tard, direction les urgences, nouveau-né et biberon sous le bras.

Mes seins ne peuvent plus frôler l’oreiller sans que je hurle de douleur. « Vous étiez vraiment faite pour allaiter », me rétorque l’infirmière qui n’a rien d’autre à m’offrir qu’une phrase bien culpabilisante, si ce n’est de la glace pour soulager ma poitrine endolorie par la montée de lait.

Les semaines passent, arrive le temps des premiers vaccins.

Vaccins que je pense à prendre à la pharmacie, à mettre dans le tiroir du frigo, mais pas à emmener jusque chez le pédiatre le jour du rendez-vous. « Heureusement que j’en ai d’avance pour pallier les oublis des mères tête-en-l’air comme vous ». J’essuie une larme, que je mets sur le compte de la vision de l’aiguille qu’on vient d’enfoncer dans la cuisse de mon bébé.

Quelques années plus tard, rendez-vous dentiste.

Mon fils s’allonge sur le fauteuil et montre son sourire édenté avec fierté. « Eh ben, trois carries à traiter. Vous êtes au courant qu’il faut l’amener tous les ans, Madame ? ». Je ne prends pas la peine de répondre à la question purement rhétorique.

Non, la madame ne sait pas.

En revanche, ce qu’elle sait, la dame, c’est que les petites phrases distillées comme ça, au fur et à mesure des années, ne sont pas là pour mettre en confiance les mères nouvellement nommées. Heureusement que j’ai aussi rencontré des médecins et spécialistes divers et variés qui étaient quant à eux bienveillants et valorisants. Que l’homme qui partage ma vie sait me rassurer.

Parce que, oui, c’est vrai.

  • Je m’ennuie au parc.
  • Je n’aime pas jouer.
  • Je pioche dans la tirelire de mon propre enfant pour trouver une pièce à mettre sous son oreiller en échange de sa dent car je n’ai pas de monnaie.
  • Je cuisine plutôt cinq féculents par jour que les fruits et légumes recommandés.
  • Je m’énerve. Beaucoup. Souvent.

Pourtant, ce soir, après l’histoire dont j’ai volontairement passé quelques pages parce que je la trouvais trop longue, je les ai bien regardés, les deux autres petits protagonistes de mon long métrage.

  • Ils étaient nourris.
  • Ils étaient propres.
  • Et si je regardais juste en dessous de la trace de dentifrice que j’avais oublié de leur essuyer, je pouvais y observer la preuve irréfutable que j’étais à la hauteur du rôle de mère qu’on m’avait confié : leurs sourires.
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