Bien qu'elle ait été écrite il y a plus de deux cents ans, il y a une idée dans la philosophie d'Emmanuel Kant qui répond aux débats qui remplissent encore les livres, les podcasts et les conversations entre parents :
« Si vous punissez un enfant pour son mauvais comportement et le récompensez pour son bon comportement, il ne fera ce qui est juste que pour la récompense ; et lorsqu'il sortira dans le monde et découvrira que le bien n'est pas toujours récompensé ni le mal toujours puni, il deviendra un homme qui ne pensera qu'à comment prospérer, faisant le bien ou le mal comme bon lui semble. »
La réflexion est étonnamment actuelle, à l’heure où l’on parle constamment d’éducation émotionnelle, de renforcement positif et de la meilleure façon d’atteindre un développement optimal de nos enfants. Cependant, il s’avère que ce n’est pas une question si moderne puisque Kant s’est posé il y a de nombreuses années cette question très fondamentale : comment apprendre à une personne à distinguer le bien du mal ? Et surtout : pourquoi devrais-je choisir de faire la bonne chose ?
Qui était Kant et pourquoi est-il toujours important ?
Emmanuel Kant est né en 1724 dans la ville prussienne de Königsberg, aujourd'hui Kaliningrad. Considéré comme l’un des penseurs les plus influents de l’histoire, il a consacré une grande partie de son travail à des questions qui continuent de nous accompagner : ce que nous pouvons savoir, comment nous devons agir et ce que signifie vivre une vie morale.
Sa philosophie a changé à jamais notre façon de comprendre l’éthique. Contre ceux qui défendaient qu’une action est bonne en raison des conséquences qu’elle produit, Kant soutenait quelque chose de beaucoup plus exigeant : une action n’a de véritable valeur morale que lorsqu’elle est réalisée parce qu’elle est correcte, et non parce qu’elle nous profite.
En d’autres termes, aider quelqu’un à recevoir des éloges, à bien paraître ou à gonfler notre ego n’a pas la même signification morale que d’aider simplement parce que nous croyons que c’est notre devoir de le faire.
Cette idée traverse toute son œuvre et apparaît également dans ses écrits sur l'éducation, où il défendait que former un enfant ne consistait pas seulement à lui enseigner des règles, mais à l'aider à développer ses propres critères et son sens moral.
L’éducation comme formation à la liberté
Cette phrase spécifique sur les punitions et les récompenses vient de ses réflexions pédagogiques, un domaine moins connu que ses grands traités philosophiques, mais profondément lié à eux.
Pour Kant, éduquer signifiait préparer l’homme à la liberté. Non pas libre dans le sens de faire ce qu'il veut à un moment donné, mais libre d'agir conformément aux principes qu'il considère comme corrects.
C'est pourquoi il se méfiait d'une éducation basée exclusivement sur les récompenses et les punitions. Non pas parce qu'il était contre toute conséquence ou reconnaissance, mais parce qu'il voyait le risque que l'enfant puisse apprendre à bien se comporter dans le seul but d'obtenir quelque chose en retour.
Que la seule raison de partager soit de recevoir un autocollant, d'étudier soit de demander à vos parents de vous acheter quelque chose que vous voulez, ou d'aider soit d'entendre des éloges, le comportement dépend toujours d'une récompense extérieure. Le problème est que lorsque vous grandissez et affrontez le monde réel, cette récompense n’existe pas. La vie d’adulte est pleine de situations dans lesquelles faire ce qu’il faut ne s’accompagne pas d’applaudissements.
Quand la réalité ne récompense pas le bien
C'est peut-être là la partie la plus moderne de la réflexion de Kant. Nous avons tous constaté à un moment donné que les gens honnêtes ne gagnent pas toujours. Cet effort n’est pas nécessairement reconnu. Qu’il y a ceux qui agissent de manière douteuse et qui obtiennent quand même du succès, de l’argent ou du prestige.
Kant avait compris que, tôt ou tard, tout enfant découvrirait cette réalité et la question était de savoir ce qui se passerait alors. Si vous avez appris tout au long de votre enfance que le bien mérite une récompense et que le mal mérite une punition, vous pourriez être déconcerté lorsque vous réaliserez que le monde réel ne fonctionne pas de cette façon. Mais si vous avez développé votre propre boussole morale, vous continuerez à agir conformément à vos valeurs même si cela ne vous profite pas personnellement.

C’est une idée inconfortable, car elle remet en cause une vision largement répandue de l’éducation basée sur des incitations constantes. Cependant, cela nous invite également à réfléchir sur la différence entre obéir à une règle et comprendre pourquoi elle existe.
Ce que cette phrase peut encore nous apprendre aujourd'hui
La psychologie contemporaine reconnaît que les récompenses peuvent être utiles dans certains contextes, notamment pour renforcer des apprentissages ou des habitudes spécifiques. Mais cela souligne également un phénomène intéressant : lorsque la motivation externe est le protagoniste, elle peut affaiblir la motivation interne.
Kant ne disposait pas d’études scientifiques pour le prouver, mais il sentait quelque chose de similaire. Il craignait que les enfants finissent par associer un comportement correct à une transaction dans laquelle je fais ceci parce que je comprends cela. Sa proposition était plus ambitieuse. Je voulais former des gens capables de se demander ce qui est juste et d'agir en conséquence, même lorsque personne ne leur offre rien en retour.
Dans un moment historique marqué par l’immédiateté, les systèmes de récompense constants et la recherche de validation externe, l’idée est particulièrement pertinente. Peut-être qu’éduquer ne consiste pas seulement à amener les enfants à bien se comporter aujourd’hui, mais aussi à les aider à construire des critères qui les accompagneront tout au long de leur vie. Même si cela coûte plus cher de l'obtenir.
De plus, c'est une leçon qui va au-delà de la parentalité. Même si Kant pensait à l’éducation des enfants, l’expression peut aussi servir à faire une cliquez dans la vie adulte. Nous préférons tous que les efforts soient récompensés et que la justice prévale. Cependant, la réalité nous a montré que cela fonctionne rarement de cette façon. Cependant, il n’est jamais trop tard pour apprendre que la récompense d’une bonne action réside précisément dans ce qui est juste.
Cela peut sembler une idée dépassée dans un monde capitaliste récent comme celui d’aujourd’hui. Cependant, dans un monde obsédé par les résultats, le succès et le profit constituent l’une des leçons les plus modernes que nous puissions transmettre à nos enfants et nous rappeler.
Photo de couverture | Emmanuel Kant, portrait peint, c1790
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