- La thiamine, ou vitamine B1, est liée à des selles plus fréquentes.
- Une nouvelle étude a révélé que vos gènes peuvent déterminer l’impact de la thiamine sur votre intestin.
- Des aliments comme les haricots noirs, le porc et les céréales peuvent vous aider à atteindre votre apport quotidien en thiamine.
Notre motilité intestinale, qui correspond aux contractions musculaires coordonnées qui déplacent les aliments dans le tube digestif, est au cœur de notre système digestif. Ce processus est essentiel à la digestion des aliments, à l’absorption des nutriments et à l’élimination des déchets. Lorsque la motilité intestinale est perturbée, cela peut entraîner des conditions inconfortables et souvent débilitantes, notamment le syndrome du côlon irritable (SCI).
Pendant des années, les altérations de la motilité intestinale ont été reconnues comme une caractéristique du SCI, mais le « comment » et le « pourquoi » sous-jacents sont restés quelque peu mystérieux. Ce manque de compréhension a rendu difficile le développement de traitements ciblés qui s’attaquent aux causes profondes plutôt qu’aux seuls symptômes.
Cependant, une nouvelle étude révolutionnaire publiée dans Intestin met en lumière les facteurs génétiques qui contrôlent l’intestin, le tout en utilisant une mesure quotidienne simple : la fréquence des selles. Et une vitamine, la thiamine, pourrait avoir un impact surprenant sur notre motilité intestinale.
Comment l’étude a-t-elle été menée ?
Les chercheurs ont utilisé les données de plusieurs grandes études menées à travers le monde pour étudier la fréquence des selles et le rôle que la génétique pourrait jouer. Chaque étude, ou cohorte, a collecté des informations sur la santé, le mode de vie et la génétique des participants. Par exemple, dans la Biobanque britannique, on a demandé à 500 000 personnes combien de fois elles allaient à la selle par jour, et leurs données génétiques ont été analysées. Des approches similaires ont été adoptées dans d’autres pays, comme les Pays-Bas, le Canada, la Belgique, les États-Unis et la Chine, même si les questions et les méthodes exactes variaient légèrement.
Ensuite, ils ont mené une étude d’association pangénomique (GWAS), dans laquelle ils ont recherché des différences dans l’ADN qui pourraient être liées à la fréquence des selles. Chaque étude l'a fait séparément, puis les chercheurs ont combiné tous les résultats pour obtenir une image plus claire.
Après avoir identifié les régions génétiques liées à la fréquence des selles, ils ont creusé plus profondément pour déterminer quels gènes pourraient être impliqués et ce que font ces gènes. Ils ont également déterminé si ces gènes sont actifs dans les tissus liés à la digestion, comme l'intestin.
Pour tester si la fréquence des selles pouvait réellement provoquer certaines maladies (plutôt que d’y être simplement associée), ils ont utilisé une méthode appelée randomisation mendélienne, qui utilise la génétique pour déterminer les relations de cause à effet.
Enfin, ils ont examiné comment l’alimentation pourrait interagir avec la génétique. Par exemple, ils ont étudié comment l’apport en vitamine B1 (thiamine) affecte la fréquence des selles et si certains gènes renforcent ou affaiblissent cette relation. Ils ont également cherché à savoir si des médicaments existants pourraient cibler les gènes découverts, ce qui pourrait conduire à de nouveaux traitements.
En fin de compte, les chercheurs ont combiné des données génétiques, des enquêtes sur la santé et des méthodes statistiques avancées pour comprendre comment les gènes et l’alimentation influencent la fréquence des selles et leur lien avec les problèmes de santé. Décomposons les résultats.
Qu’a révélé l’étude ?
Les chercheurs ont découvert que la fréquence à laquelle nous allons aux toilettes est en partie influencée par nos gènes. Ils ont découvert que les facteurs génétiques représentent environ 7 % de la motilité intestinale chez les personnes d’origine européenne et 5,6 % chez celles d’origine est-asiatique. Bien que ces pourcentages puissent sembler faibles, ils sont similaires à l’influence génétique observée dans des maladies comme le SCI. Ces résultats indiquent que nos gènes jouent un rôle notable dans le façonnement de nos habitudes en matière de salle de bains.
Grâce à leur analyse, l’équipe a identifié 21 signaux génétiques indépendants associés à la fréquence des selles, doublant presque le nombre d’emplacements connus dans le génome liés à ce trait. Dix d’entre elles étaient des découvertes totalement inédites.
Les chercheurs ont également identifié deux gènes clés : SLC35F3 et XPR1. Ces gènes sont impliqués dans le métabolisme de la thiamine, également appelée vitamine B1. SLC35F3 est un transporteur de thiamine, tandis que XPR1 aide à convertir la thiamine en sa forme active.
L’étude a révélé ce qui suit concernant la thiamine :
- Manger plus d’aliments contenant de la thiamine était lié à une fréquentation plus fréquente des toilettes dans la population générale.
- Cette relation a été modifiée par la génétique d'un individu. Les personnes présentant des variantes spécifiques du SLC35F3 et XPR1 les gènes traitaient la thiamine différemment, ce qui avait un impact direct sur leur motilité intestinale.
Au-delà de la thiamine, l’étude a révélé des chevauchements génétiques importants entre la fréquence des selles et d’autres conditions. Il existait de fortes corrélations génétiques avec des problèmes gastro-intestinaux tels que le SCI, la maladie diverticulaire et le reflux gastro-œsophagien (RGO). Il existe également des liens significatifs avec des caractéristiques cardiovasculaires, comme la tension artérielle, et des caractéristiques psychiatriques, comme l'anxiété et la dépression, renforçant le concept de l'axe intestin-cerveau.
Limites de l'étude
Cette étude présente certaines limites importantes à prendre en compte avant de consommer des aliments riches en thiamine pour contribuer à la santé intestinale. Premièrement, l’étude s’appuyait sur les personnes déclarant la fréquence à laquelle elles allaient aux toilettes pour remplacer leurs mouvements intestinaux. Bien que cela soit quelque peu lié à la rapidité avec laquelle les aliments se déplacent dans le système digestif, ce n'est pas une mesure parfaite et pourrait ne pas refléter pleinement la complexité de la fonction intestinale de chacun.
Deuxièmement, comme les chercheurs ont utilisé de vastes ensembles de données provenant de biobanques, ils ne disposaient pas toujours d’informations détaillées sur le régime alimentaire, les médicaments ou le mode de vie de chaque personne. Des éléments tels que la quantité de fibres consommée par une personne ou les médicaments qu’elle prend peuvent grandement affecter ses habitudes en matière de toilettes, et ne pas être en mesure de prendre en compte tous ces facteurs constitue un défi.
Enfin, même si les liens génétiques découverts sont forts, nous ne savons toujours pas exactement comment ces gènes affectent le mouvement intestinal. L'identification d'un gène n'est que la première étape ; les scientifiques doivent encore faire des expériences en laboratoire pour comprendre comment ces gènes influencent des choses comme les contractions musculaires dans l’intestin.
Comment cela s’applique-t-il à la vraie vie ?
Alors, qu’est-ce que cela signifie pour la personne moyenne, en particulier pour celles qui souffrent du SCI ou d’autres problèmes intestinaux ?
L’étude suggère que pour certaines personnes, en fonction de leur constitution génétique, le métabolisme de la thiamine pourrait être un élément clé qui régule leur digestion. Cette découverte ouvre la porte à des interventions nutritionnelles personnalisées. À l’avenir, en plus des recommandations éprouvées comme manger des fibres et bouger, un médecin pourrait examiner votre profil génétique et recommander une supplémentation spécifique en thiamine ou des changements alimentaires pour aider à gérer la constipation ou la diarrhée.
Les experts recommandent que les hommes adultes visent 1,2 mg de thiamine et que les femmes adultes en consomment 1,1 mg chaque jour. Une portion de céréales de petit-déjeuner enrichies contient 100 % de votre valeur quotidienne recommandée en thiamine, et une portion de sources de protéines comme les côtelettes de porc, la truite et les haricots noirs contiennent toutes environ 33 % de votre valeur quotidienne recommandée.
Néanmoins, davantage de données sont nécessaires avant de pouvoir suggérer définitivement que la consommation de thiamine est quelque chose que les gens devraient explorer pour aider à gérer les mouvements intestinaux.
Notre avis d'expert
Cette étude à grande échelle publiée dans Intestin suggère que le métabolisme de la vitamine B1 (thiamine) pourrait jouer un rôle important dans la régulation de la motilité intestinale. L’étude représente une avancée majeure dans la compréhension du moteur biologique de notre digestion. En analysant les données de plus de 268 000 personnes, les chercheurs ont non seulement confirmé que nos habitudes intestinales sont partiellement inscrites dans notre ADN, mais ont également identifié les chapitres génétiques spécifiques impliqués.
Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour traduire ces connaissances génétiques dans la pratique médicale quotidienne, l’étude offre un aperçu plein d’espoir d’un avenir où le traitement des troubles intestinaux sera aussi précis et personnalisé que le code génétique unique que nous portons tous.
