Vous pensiez tout savoir sur la langue française ? Détrompez-vous ! Il existe des trésors oubliés, délaissés dans les tiroirs de nos dictionnaires. Entre “équanimité”, “pandiculation” et “anecdotier”, Linda Giguère, à travers son émission L’humeur de Linda sur TV5 Monde, s’amuse à ressusciter ces mots vieillots et pleins de fraîcheur. Levons le voile sur ces termes que nos arrière-grands-parents manipulaient avec élégance… et dont l’actualité reste étonnamment vivace.
Quand les mots font leur grand plongeon dans l’oubli
Comme tout être vivant, les mots naissent, grandissent et, parfois, rendent l’âme. Qui croise encore un chiffonnier en bas de chez lui, ou discute avec un poinçonneur à la sortie du métro ? Plus d’allumeurs de réverbères, ni même de gabelous sur nos chemins ! Ces termes, aussi pittoresques qu’inutilisés aujourd’hui, ont déserté notre vocabulaire courant.
Curieusement, le passé n’a pas totalement dit son dernier mot. Il vit ailleurs : les “barbons” de jadis sont simplement devenus des vieillards. Les “voyous”, “crapules” ou autre “vauriens” subsistent, mais le titre désuet d’“arsouille” ne leur est plus décerné. Preuve que, sous la surface, certains mots mutent, d’autres disparaissent sans bruit… Oui, la langue française est tout sauf figée !
Parlons vite, oublions tout ? Le temps des apocopes et du franglais
La rapidité est reine. À coups d’apocope, on veut faire “in”, on va dans le “métro”, on sort un “stylo” (qui jadis se disait stylographe), on saute sur son “vélo”. Le franglais s’invite à tous les brunchs (où l’on ne manque pas de “liker” l’instant) ; l’open-space et le co-working détrônent nos bureaux à la française. Linda Giguère le constate : tant pis pour les mots anciens, c’est le tapis rouge assuré pour les vocables neufs, tout particulièrement s’ils arborent un soupçon d’anglais dans leur CV.
Mais que deviennent, alors, les termes d’antan ? Certains sortent tout bonnement par la petite porte. Peu s’en souviennent, et pourtant ! Ils possèdent ce goût proustien, entre madeleine et nostalgie, qui évoque les anecdotes croustillantes de nos ancêtres.
La saveur retrouvée de quelques mots magiques
Grâce à l’ouvrage Ces mots perdus au fond de nos dictionnaires de Jean-Loup Chiflet, Linda Giguère ravive de précieux souvenirs linguistiques. Quelques exemples valent le détour :
- Anecdotier : Au XVIIIe siècle, il désigne la personne collectionnant les petites histoires insolites, qu’elles soient authentiques ou non. Oublié, mais pas rayé du dictionnaire !
- Pandiculation : Ce mot tout en étirement illustre le mouvement du corps qui consiste à lever les bras, renverser la tête et allonger les jambes, généralement accompagné d’un bâillement, typique du réveil… ou d’un interminable après-midi de réunion.
- Équanimité : L’art de garder une égalité d’humeur, une inébranlable sérénité, même quand le voisin perce des trous à 7h du matin.
- Potiner : Ce verbe vient d’une tradition normande du XVIIe siècle. Les femmes, munies de “potines” (chaufferettes), se rassemblaient pour échanger… des potins, bien sûr !
- Amphitryon : Hérité de la mythologie, puis du théâtre de Molière, ce mot désigne l’hôte qui régale généreusement ses invités. Le genre de compliment à sortir lors d’un dîner réussi !
- Paltoquet : Pour désigner un homme grossier, voire un peu trop sûr de lui. Parfait à glisser discrètement à l’oreille, lors d’un repas de famille animé.
Quelques verbes méritent aussi un coup de projecteur : « débagouler » pour vomir (moins élégant, certes, mais efficace), « parangonner » signifiant comparer, « endéver » pour rager, ou encore « déparler » quand on s’arrête… justement de parler.
La langue, un pont entre petite et grande histoire
La langue française ne se contente pas de transmettre une histoire : elle joue sur tous les registres, entre les grandes épopées et les histoires de palier. Pourquoi se limiter éternellement aux mêmes synonymes quand des perles attendent, tapies dans nos vieux dictionnaires ? À travers les 96 mots d’antan recensés par Jean-Loup Chiflet, chacun peut enrichir sa conversation et surprendre son auditoire.
- Osez un compliment à l’amphitryon de la soirée !
- Réclamez un peu d’équanimité après une dure journée !
- Assumez sans complexe une bonne pandiculation en public… Vous avez désormais le mot pour le justifier.
Conclusion : Le français est une histoire sans fin, un terrain de jeu où chaque mot, ancien ou récent, a sa place. Sortons les mots oubliés de l’ombre : invitons-les à nos tables, glissons-les dans nos discussions, pour que vivent la mémoire, la fantaisie… et la richesse de notre langue !
