Le coin des Marmots

SOS pipi au lit !

Honte et baisse de l’estime de soi pour les enfants, vives inquiétudes, voire désarroi pour les parents, l’énurésie nocturne est un motif de consultation fréquent et qui concerne beaucoup d’enfants. Le Docteur Sylvie Labouré, chirurgien pédiatrique viscérale et urologique à la Clinique du Val d’Ouest de Lyon, nous aide à comprendre ce tabou de l’enfance aux conséquences souvent lourdes.

Par Aurélie

Pipi au lit - Cocottes Magazine
Pipi au lit - Cocottes Magazine

Cet article est paru dans Cocottes Magazine #4 (mars/avril 2021). 

L’énurésie, c’est quoi ?

L’énurésie correspond à une émission involontaire d’urine. On parle d’énurésie diurne quand ces émissions ont lieu la journée, notamment pendant la sieste, et d’énurésie nocturne quand celles-ci ont lieu la nuit durant le sommeil.

On distingue également l’énurésie primaire qui correspond à un enfant qui n’a jamais été propre la nuit, de l’énurésie secondaire qui apparaît alors que l’enfant était propre depuis au moins 6 mois. Dans ce deuxième cas, la cause est souvent psychologique. Nous nous intéresserons ici à l’énurésie primaire.

À partir de quand doit-on consulter ?

Jusqu’à 5 ans on considère comme normal un enfant qui n’est pas propre la nuit. Il convient donc de consulter à partir de la classe CP si l’enfant est gêné et qu’il le demande.

A quoi est due l’énurésie nocturne ?

Dans 99% des cas, il ne s’agit pas d’une malformation anatomique. En effet, dans ce cas les diagnostics sont faits bien avant le problème d’énurésie, notamment grâce à l’avancée des diagnostics anténataux. La chirurgie n’est donc presque jamais utilisée pour résoudre les problèmes d’énurésie de l’enfant. L’énurésie nocturne est ainsi quasiment toujours liée à des dysfonctionnements au niveau de l’appareil vésical pour différentes raisons :

• Des mauvaises habitudes en journée, notamment l’urgenterie qui correspond au fait de n’aller faire pipi qu’en urgence au dernier moment, ou encore la pollakiurie qui est le fait de faire pipi très souvent.

• Une immaturité vésicale, c’est-à-dire une vessie qui ne supporte pas bien le remplissage. Il n’existe pas de grande ou de petite vessie mais une vessie peut ne pas supporter un gros remplissage, cela peut-être une phase d’évolution normale chez l’enfant.

• Une immaturité psychomotrice. L’enfant ne comprend pas la sensation de faire pipi.

• Psychologique : l’enfant peut en effet tomber dans un cercle vicieux d’autodénigrement. « je fais pipi au lit » – « je suis nul » – « je n’y arriverai jamais »… Cet aspect psychologique existe mais il est difficile de savoir dans quelle mesure il va être la cause du problème. Le chirurgien pédiatrique peut parfois diriger l’enfant vers un psychologue.

La première consultation avec l’urologue

L’interrogatoire

La première consultation débute par un interrogatoire qui s’adresse à l’enfant afin de savoir ce qu’il pense de son énurésie. Si l’enfant n’est pas gêné et n’a pas de demande, il n’est pas utile de poursuivre, le traitement reposant sur l’implication de l’enfant. Dans ce cas, le médecin lui proposera de revenir plus tard.

Si l’enfant est en demande, le médecin poursuit son interrogatoire en le questionnant sur ses nuits : combien de fois par semaine urine-t-il la nuit ? est-ce que la couche déborde ? est-ce que ça le réveille ?… Puis, il va s’intéresser à la journée : est-ce qu’il a des fuites ? une situation d’urgenterie ? est-ce qu’il va aux toilettes à l’école ? est-ce qu’il a aussi des problèmes de transit intestinal (fuites de caca) ?…

Enfin, le chirurgien interroge les parents sur la qualité du sommeil de l’enfant : cauchemars, réveils nocturnes, difficultés à respirer la nuit. En effet, un enfant avec des problèmes ORL (comme une hypertrophie des végétations) peut avoir des apnées du sommeil qui favorise une «déconnexion» transitoire du cerveau. Il est alors nécessaire de consulter un chirurgien ORL.

L’examen clinique et les examens complémentaires

Généralement, avant de voir le chirurgien, l’enfant a déjà consulté son médecin traitant qui a prescrit une échographie rénale et vésicale. L’examen clinique va donc surtout servir à observer le comportement de l’enfant : s’il se déshabille tout seul, s’il est tête en l’air, s’il se déconcentre facilement… Le chirurgien ne demande généralement aucun examen supplémentaire sauf si l’enfant montre des signes de diabète, pathologie qui amène à une grosse consommation d’eau et donc à uriner beaucoup.

Les traitements

Le calendrier mictionnel

Le médecin va dans un premier temps demander à l’enfant de prendre des bonnes habitudes en journée car c’est en premier lieu ce qui va aider pour la nuit : faire pipi toutes les 2 heures, répartir sa consommation de boissons dans la journée et la diminuer après 18h. L’enfant va alors tenir un calendrier mictionnel et revoir l’urologue quelques semaines plus tard. Celui-ci proposera un traitement médicamenteux si le problème n’est pas réglé ET si l’enfant a acquis ces habitudes en journée. Sans cela, le traitement pourrait de toute façon être voué à l’échec.

Dans 1/3 des cas, cette simple prise en charge permet de constater des améliorations.

Les médicaments

Il en existe 2 sortes :

• Le minirin : c’est une substance analogue à l’hormone antidiurétique sécrétée naturellement par l’homme pour réduire le fonctionnement des reins la nuit. Il est efficace sur l’énurésie nocturne pure (pas de problème en journée) et lorsque les pipis surviennent surtout en fin de nuit.

• L’oxybutynine : cet antispasmodique agit sur les muscles lisses de la vessie en leur permettant de mieux se relâcher et d’augmenter son éventuel remplissage. Il est plutôt destiné aux enfants qui ont également des problèmes de fuites dans la journée.

Le traitement fonctionnel

Le stop pipi est un appareil qui sonne ou qui vibre lorsque l’enfant, qui dort, est sur le point de faire pipi. Une sonde positionnée sur la culotte ou le pyjama détecte les premières gouttes d’urine, ce qui déclenche l’alarme d’un boitier sans fil posé près de l’enfant. L’objectif est de créer un réflexe. Il est surtout utilisé chez le pré-adolescent car l’énurésie se produisant souvent durant les phases profondes de sommeil, les chances qu’une alarme réveille un jeune enfant sont plus minces.

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BON À SAVOIR

• Une énurésie non soignée peut conduire à des adultes qui se lèvent la nuit pour uriner, et plus rarement à une poursuite de l’énurésie à l’âge adulte.

• Si votre enfant mouille ses draps plus d’une ou deux fois par semaine, et à moins qu’il y soit fortement opposé, n’hésitez pas à lui faire porter une couche la nuit, qui doit en revanche être enlevée dès le réveil.

• Il est très important de dédramatiser la situation et de dire à l’enfant que ce n’est ni grave ni honteux.

• Si l’enfant est d’accord, il est possible de se tourner vers des pratiques telles que sophrologie, hypnose, ostéopathie…

• Le chant ou le yoga peuvent aider l’enfant à prendre conscience de son corps et à le contrôler.

• Les enfants atteints de troubles dys et les enfants haut potentiel sont plus souvent concernés par l’énurésie car ils désinvestissent souvent leur corps.

• Le phimosis (gland non décalotté) n’est jamais la cause d’un problème d’énurésie

LES TOILETTES A L’ÉCOLE

• 1 enfant sur 2 se retient volontairement d’aller aux toilettes à l’école

• 66 % des enfants affirment faire leurs besoins avant ou après l’école, 26 % des parents seulement imaginent que c’est le cas

• 20 % des élèves déclarent être mal à l’aise quand ils vont aux toilettes

• 83 % des parents n’abordent que rarement ou jamais le sujet avec leurs enfants

• 44 % des enfants attendent d’être rentrés à la maison pour déféquer

Étude IFOP 2018

Et l’apprentissage de la propreté dans tout ça ?

• En France, l’apprentissage de la propreté est bloqué par l’entrée à l’école. Un schéma qui ne correspond pas à tous les enfants : il n’est ni anormal ni rare qu’un enfant ne soit pas propre à 3 ans.

• Les enfants d’une même famille ne seront pas tous propres au même âge.

• Il ne faut pas faire de dressage. Proposer le pot à un bébé entre 6 et 8 mois est inutile, il n’a pas la maturité intellectuelle et vésicale nécessaire. On peut le proposer à partir de 18 mois mais inutile de forcer, si l’enfant ne veut pas, il faut renoncer et recommencer plus tard.

• Au début de la propreté, certains enfants demandent la couche pour faire leurs besoins. C’est une phase normale et l’enfant est considéré comme propre puisqu’il contrôle ses besoins !

• Il est fréquent et normal que l’enfant soit d’abord propre pour le pipi mais pas pour le caca.

• Il y a généralement un décalage d’acquisition entre la propreté le jour et la propreté la nuit. Cela peut prendre des mois comme des années.

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