Santé

Santé des femmes : 4 questions au médecin et écrivain Martin Winckler

Par Géraldine

Martin Winckler ©Michel Gilet

Cet article est paru dans Cocottes Magazine #3 (janvier/février 2021).

Alors qu’est paru en septembre dernier aux éditions Iconolaste son livre C’est mon corps, véritable guide qui répond à «toutes les questions que se posent les femmes sur leur santé», nous sommes allées à la rencontre de Martin Winckler afin d’approfondir quelques points avec lui.

La charge mentale est désormais un concept bien connu, mais dans votre dernier ouvrage vous évoquez la charge PHYSIOLOGIQUE des femmes. De quoi s’agit-il ?

C’est l’ensemble des contraintes inhérentes à la physiologie de la reproduction et de la grossesse. Les hommes n’ont pas de contraintes physiologiques en ce domaine : ils produisent des spermatozoïdes qu’ils éliminent par éjaculation. Donc, avec du plaisir. La physiologie féminine est constellée de phénomènes cycliques : ovulation, règles qui s’accompagnent de symptômes plus ou moins pénibles (syndrome prémenstruel, douleurs des règles, douleurs liées à une endométriose) et qui font l’objet d’une surveillance sociale et médicale visant à les « normaliser » (ou à les contrôler) ; la grossesse est elle aussi accompagnée de phénomènes plus ou moins intenses : crainte d’être enceinte ou de ne pas pouvoir l’être, avortements spontanés ou provoqués, grossesses plus ou moins difficiles, mort in utero, accouchements prématurés, travail plus ou moins difficile, suites d’accouchement, allaitement (ou non), retour de couche, risque d’être enceinte à nouveau…à quoi il faut ajouter le risque de mourir de sa grossesse (supérieur à celui de mourir d’une contraception), les contraintes liées aux inégalités socio-économiques entre hommes et femmes et entre femmes de milieux différents, et tout cela potentiellement répété de nombreuses fois jusqu’à la ménopause, elle-même source de troubles plus ou moins importants. Ajoutez à cela les obstacles économiques, sociaux, relationnels qui se dressent devant chaque femme, depuis le coût de la menstruation jusqu’à celui (physique et économique) d’une FIV… Bref, entre la vie d’une femme et la vie d’un homme, simplement sur le plan physiologique, y’a pas photo. L’une est plus difficile que l’autre.

Comment définiriez-vous la relation qui doit se créer entre une femme qui consulte et toute personne issue du corps médical ?

Une relation de respect et d’accompagnement. Un(e) professionnel(le) de santé doit se sentir au service des personnes qui demandent des soins – et se comporter en conséquence. Le mépris, les jugements de valeur, les menaces, les insultes, la culpabilisation, le sexisme, l’homophobie, le racisme, la transphobie et tous les préjugés sont incompatibles avec le soin.

Quand on voit le succès de vos livres et ce que les femmes y apprennent sur leur corps, alors même qu’elles pensaient être assez éduquées sur le sujet : y-a-t-il un problème (et surtout des solutions) quant à l’éducation sexuelle et anatomique inculquée aux enfants ?

D’abord, il ne faut pas oublier que des jeunes femmes, il en naît tous les jours et que l’information ne circule pas de manière équivalente dans tous les milieux, entre toutes les femmes. Si l’éducation à la physiologie, à ses différences et à ses inégalités se faisait dès l’école primaire, les femmes seraient mieux armées. C’est le cas dans les pays scandinaves ou dans beaucoup de pays anglo-saxons, où l’éducation à la physiologie et à la sexualité se fait très tôt. En France, où le catholicisme est encore très présent, ce n’est pas le cas.

Le cas de l’hymen : vous expliquez dans votre livre que le fait qu’il se rompe et saigne au moment du rapport sexuel n’est qu’une croyance populaire. Beaucoup d’autres existent !?

Dans le cas de l’hymen, c’est surtout une croyance destinée à culpabiliser les femmes qui ont des relations sexuelles en dehors d’un cadre (le mariage, par exemple). Mais c’est une idée reçue, car d’une part l’hymen est un vestige anatomique qui n’existe pas chez toutes les femmes ou qui disparaît à la puberté ; et ensuite un premier rapport ne DOIT PAS être douloureux ou faire saigner. Ce n’est pas une « capsule fraîcheur »… Il y a beaucoup d’autres préjugés ; par exemple :

  • « Le cycle menstruel normal doit durer 28 jours » –> Il n’y a pas de « normes », un cycle peut durer de 25 à 35 jours.
  • « Il est normal que les règles, ça fasse mal » –> Non, avoir des règles est physiologique, mais avoir mal ça veut dire qu’il se passe quelque chose et la douleur doit toujours être entendue, soulagée et sa cause identifiée.
  • « Avoir les petites lèvres plus grandes que les grandes lèvres, ce n’est pas normal » –> Non, il n’y a pas d’anatomie « normale », seulement des variantes, comme la forme du nez ou des pieds…

Etc. !

Martin Winckler :

Médecin généraliste d’abord puis en centre de planification et d’IVG ensuite, il a dédié sa vie à la santé des femmes. Il est l’auteur d’une trentaine de romans et d’essais et s’il fallait en choisir deux pour découvrir son univers, nous vous conseillerions

Le Chœur des femmes paru en 2017. L’histoire d’une chirurgienne gynécologue ultra douée, obligée de passer ses 6 derniers mois de formation dans une minuscule unité de «Médecine de la femme»…

La Maladie de Sachs paru en 2005. Plongée dans le quotidien, vu par ses patients et son entourage, d’un médecin de campagne profondément humain.

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