Cocottes & Vous

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Le temps, ce voleur d’enfants…

Par @haut_les_nains

Je dois t’avouer que j’ai hésité à titrer cet article : les enfants, ces voleurs de temps.nParce qu’avant d’en avoir (des enfants), j’en avais (du temps). Ou plutôt, je n’avais pas l’impression d’en manquer. C’était même un concept sur lequel je ne m’interrogeais guère, le temps qui passe. (Tu vas me dire, celui de l’acquisition de la propreté non plus et je ne t’en fais pas un article pour autant. Mais ne me tente pas. Je viens de retrouver une copie de mes 19 ans dont le sujet était : le corps objet. 9 pages manuscrites récompensées, certes, par la note de 5/20, mais 9 pages quand même. Alors franchement le passage de la couche au pot, facile. Enfin facile d’écrire dessus, je veux dire. Parce que pour le reste, ma cadette réclame toujours son bout de plastique pour déféquer).

Bref, je me recentre, parce que tu pensais lire des envolées lyriques et voilà que je te parle caca.

Je disais donc que je me demande souvent ce que je faisais du temps dont je disposais avant de devenir mère. Toutes ces heures aujourd’hui employées à m’occuper de quelqu’un d’autre, à quoi pouvais-je bien les consacrer ?

À moi, me répond mon reflet dans le miroir, ride du lion apparente et yeux cernés.

C’est que, depuis que je suis passée du côté obscur de la force, j’ai surtout pris conscience de la vitesse à laquelle il passe, le temps, et pas seulement quand je me regarde dans la glace.

On pourrait penser que ce sont leurs vêtements qu’il faut sans cesse changer ou leur toise à laquelle j’ajoute des petits traits qui viennent me le rappeler.

Mais pas seulement.

C’est une impression plus diffuse, quelque chose de moins palpable. L’étrange sensation que tout passe en un éclair, alors même que sur le moment, notamment ceux de leurs disputes et de leurs colères, cela me paraît parfois bien long.

Je n’ai déjà plus qu’un vague souvenir de leur premiers sourires, leurs premières cuillères de carotte, leur premiers pas. Leurs visages sur les photos de la maternité me paraissent être ceux de bébés que j’ai à peine eu le temps de tenir dans mes bras.

Quand mes amies qui viennent d’accoucher me demandent à quel âge mes enfants ont fait leur première dent, j’ai l’impression de puiser la réponse au siècle dernier, alors que c’était il y a à peine trois ans.

Comme si en devenant parent, nous entrions dans une faille spatio-temporelle.

J’ai alors compris la sempiternelle recommandation de ma grand mère qui, avec le recul de ses 95 ans, m’assénait à chaque visite : profites-en. La vie passe en un instant, et leur enfance encore plus.

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