Médiathèque

Éducation à l’intimité avec l’aide du « Petit Illustré de l’intimité »

Ils sont là, à jouer tranquillement, puis tout à coup ils nous posent une question sur leur corps, sur le sexe, sur l’amour. Pour dire les choses simplement, avec les bons mots, on a demandé à Mathilde Baudy et Tiphaine Dieumegard* de nous éclairer sur certaines interrogations que peuvent avoir nos enfants. Sachant qu’ils sont capables de comprendre et d’appréhender beaucoup de choses en ce qui concerne l’éducation sexuelle, car ils n’ont pas encore les barrières sociétales qui peuvent créer de la gêne aux adultes !

Par Géraldine

Education à l'intimité - Cocottes Magazine
Education à l'intimité - Cocottes Magazine

Cet article est paru dans Cocottes Magazine #5 (mai/juin 2021). 

Comment on fait les bébés ?

« Une question des plus classiques, surtout si une personne de son entourage proche attend un enfant. Et c’est bien normal de se demander comment un bébé a pu se retrouver dans un ventre ! Pour répondre à cette question, mieux vaut éviter les « tu verras quand tu seras grand » et les légendes impliquant cigognes, roses et autres choux. Les enfants ne sont pas bêtes et se rendront compte, tôt ou tard, qu’on les a pris pour des pigeons. D’autant que l’information de démenti vient bien souvent d’un copain, qui peut alors se moquer et/ou donner des informations erronées charriant avec elles leurs lots d’incompréhensions et de peurs.

L’important est donc, toujours, de dire la vérité dès la première question en s’adaptant à l’âge de l’enfant et à sa maturité. On va alors utiliser un vocabulaire simple et moduler la quantité de détails anatomiques. On n’explique pas la division embryonnaire à un enfant de 3 ans sous peine de le perdre complètement. En revanche, on pourra lui expliquer que des sortes de petits œufs se rencontrent dans l’utérus et se mélangent pour former un bébé ; que ce bébé grandit dans une poche pleine d’eau appelée liquide amniotique, pendant neuf mois, jusqu’à ce qu’il soit prêt et sorte par le sexe.

Si l’enfant ne comprend pas tout le vocabulaire utilisé, ce n’est pas grave. Les enfants sont habitués à composer avec des mots inconnus et ont une grande capacité à construire leur pensée ainsi. Le fait de s’aider de supports (images, dessins, livres, vidéos etc.) permet de donner corps à l’explication ».

Je peux être amoureux d’un garçon/d’une fille ?

« Oui ! Tout simplement. Les liens interhumains ne sont pas régis par leur genre. Rien à dire de plus : si on ne présente pas un modèle unique et normatif, aucun schéma amoureux ne dérange les enfants. À nous de ne stigmatiser aucun modèle et les enfants, par mimétisme, ne le feront pas non plus ».

Ça veut dire quoi être un garçon/une fille ?

« On peut facilement expliquer à un enfant que l’identité sexuelle se façonne sur plusieurs critères :

  • Le sexe biologique : c’est à dire le genre que l’on nous assigne à la naissance en fonction des organes génitaux visibles du bébé
  • L’identité de genre : comment on se définit soi-même et comment on a envie d’être identifié.

Cette identité ne doit pas être définie par des stéréotypes du style les filles aiment le rose et sont calmes et douces, les garçons aiment le bleu, sont courageux, sportifs et bagarreurs. Ce sont des représentations restrictives dont il faut s’affranchir car elles enferment les enfants et ne leur permettent pas d’être pleinement qui ils ont envie d’être. En tant que parents ce n’est pas toujours évident de s’en détacher, car nous-mêmes avons bien souvent été élevés dans cette dichotomie homme/femme.

Il existe un petit moyen mémo-technique simple pour savoir si un jouet/une couleur/un comportement/un sport (rayer la mention inutile)… est pour les filles ou pour les garçons : « A-t-on besoin de ses organes génitaux pour le faire ? » Si NON, alors tout le monde peut le faire. Si OUI, alors ce n’est pas pour les enfants ! »

C’est quoi faire l’amour ?

« On utilisera plutôt le terme « relation sexuelle », car l’expression « faire l’amour » est chargée de nombreuses connotations sociétales datées, liées à une sexualité unique et binaire d’un couple homme-femme. Il implique également un sentiment amoureux, qui n’est pas nécessaire pour avoir une relation sexuelle.

On peut définir ce terme comme une série de gestes intimes entre personnes consentantes pour se donner du plaisir mutuel. Encore une fois, les réponses à apporter à un enfant doivent varier en fonction de son âge. Quand l’enfant se pose des questions, il est nécessaire d’y répondre en précisant qu’avant l’âge de 15 ans, on n’est pas assez mature pour avoir des relations sexuelles de façon responsable, autonome, en toute sécurité et satisfaction.

Comme le précise la chaire UNESCO Santé sexuelle et Droits humains, il faut qu’un adolescent puisse être capable de « prendre conscience que la décision de chaque personne de démarrer sa vie sexuelle est une décision personnelle, qui peut évoluer au fil du temps et qui doit toujours être respectée ».

Comment aborder la question du consentement ?

« Comme le précise la chaire UNESCO Santé sexuelle et Droits humains, dès l’âge de 3 ans, les enfants sont capables de comprendre la notion de consentement et doivent savoir agir et pouvoir dire non en situation de contact physique non désiré.

On peut résumer le principe très simplement :

  • Quand c’est oui, c’est oui.
  • Quand c’est non, c’est non.
  • Et quand on ne sait pas, c’est non aussi.

On sait que les enfants apprennent beaucoup par mimétisme. Il est donc important que les adultes respectent eux-mêmes très tôt le consentement de leurs enfants. Par exemple, dès tout petit : on n’est pas obligé de faire un bisou, un simple bonjour poli suffit si l’enfant n’a pas envie d’embrasser ou de se faire embrasser ».

Pour aller plus loin :

Mathilde Baudy et Tiphaine Dieumegard sont les co-autrices du Petit Illustré de l’Intimité : le tout premier livre engagé, inclusif et universel, sur le sexe dit « féminin », à destination des enfants à partir de 6 ans. Sorti ce printemps grâce à une campagne de financement participatif spectaculaire, ce tome 1 sera rapidement suivi de deux autres, sur le sexe dit « masculin » et pour des enfants plus âgés.

(15€): ateliercocottejolie.fr et dans toutes les bonnes librairies!

Et si mon enfant ne me pose pas de questions ?

Il peut être important de provoquer des questionnements. Voici quelques recommandations de la chaire UNESCO Santé sexuelle et Droits humains :

3-5 ANS

  • Nommer les parties du corps et leurs fonctions (organes génitaux externes compris), les différences entre les organes féminins et masculins
  • Prendre conscience du plaisir et du déplaisir liés au corps, différencier un toucher « acceptable » et « inacceptable », apprendre à être prudent pour protéger son corps
  • Désigner une personne de confiance, savoir comment lui demander de l’aide

6-11 ANS

  • Préciser les notions de plaisir lié à la sexualité : caresses, masturbations…
  • Connaître les organes génitaux internes et externes, leurs fonctions de plaisir et de potentiel reproductif, avec une représentation égalitaire des organes féminins et masculins
  • Savoir qu’il est normal de poser des questions au sujet de son corps et en particulier des organes génitaux
  • Prendre conscience des pensées sexuelles, des érections du pénis et du clitoris, des menstruations, des rêves excitants…

12-14 ANS

  • Connaître les transformations pubertaires et découvrir la capacité orgastique
  • Avoir intégré des informations sur les contraceptions féminines et masculines, les moyens de lutte contre le VIH et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles)
  • Valoriser les notions de plaisir et d’orgasme, dans la réciprocité et le respect mutuel
  • Appréhender la diversité des attirances sexuelles

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