Cocottes & Vous

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« Cet enfant, c’était le dernier !  » La chronique de Haut les nains.

Par @haut_les_nains

©Elsa Lebaratoux

Des enfants, j’en voulais deux. Mon mari était d’accord, ce qui tombait plutôt bien parce que je me rappelle comme ça avait été compliqué de lui faire accepter un chaton. Autant te dire que si j’avais eu à le convaincre d’accueillir un autre nouveau-né, il aurait posé comme condition qu’on laisse le bébé chez nous pendant qu’on partait en vacances d’été, avec -si vraiment j’insistais- une visite hebdomadaire des voisins.

Je pensais donc sortir de la maternité avec mon deuxième enfant sous le bras, à la fois résolue et soulagée à l’idée de ne plus avoir à y remettre les pieds (et à y laisser mon périnée). Foutaises. Tu penses bien que je m’étais bercée d’illusions, moi dont l’adage détesté est : « choisir, c’est renoncer ».

En effet, renoncer à se reproduire n’est pas une évidence et l’odeur de brioche de ma petite dernière n’était pas de celle qu’on avait envie de laisser derrière soi. Alors, quand savait-on réellement qu’on ne voulait plus d’enfants ? Y avait-il vraiment un jour où on se levait en le sachant ?

La réponse était non. Si Rome ne s’était pas faite en un jour, l’idée qu’on ne fera plus de bébé relevait également d’un processus assez long. Avec le recul, je dirais qu’elle s’est déroulée pour ma part en cinq phases, que voici détaillées ci-dessous – et qui ne seront pas sans te rappeler celles du deuil. (Reste encore un peu, je te promets qu’on va quand même bien rigoler).

Le déni.

Et que je te replie soigneusement les bodys trop petits, que je te range la baignoire premier âge au grenier, tout ça dans l’optique que ça va resservir. « Vous voulez garder votre sonde? », me demande la sage-femme lors de la dernière séance de rééducation périnéale, « elle est valable deux ans ». Et que je t’embarque la sonde, cet objet tellement attachant.

La colère.

Gare aux ventres ronds qui croisent ma route et aux femmes qui m’annoncent leurs grossesses. J’y vois comme une attaque personnelle et n’arrive en rien à me réjouir pour elles. Et que je te leur décris leur vie qui ne sera plus jamais comme avant – finies les nuits complètes et le temps de l’insouciance. Finis aussi l’optimisme et la bienveillance, apparemment, vu que je me réjouirai presque du vent de panique que j’ai réussi à semer dans leurs yeux.

Le marchandage.

Vient alors la période où je négocie avec la réalité. En gros, toutes les contraintes qui m’apparaissaient rédhibitoires pour avoir un autre enfant n’en sont plus. On n’a plus de chambre disponible ? Qu’à cela ne tienne, on aménagera le garage. C’est incroyable toute la place qu’il y a dans cette pièce (non isolée). Mon mari se trouve trop vieux et fatigué? Je lui mets la photo de Vincent Cassel sous le nez. Regarde comme il a l’air d’avoir retrouvé une nouvelle jeunesse avec son bébé (« et avec sa femme mannequin de 32 ans de moins que lui », me répond mon conjoint, sarcastique).

La tristesse.

Je regarde chaque geste de ma petite dernière en me disant que c’est la dernière fois que j’assiste à un tel événement. Ses premiers pas. Son premier « je t’aime ». Son dernier pipi dans le pot. Et que je te donne le reste du paquet de couches la larme à l’oeil, tellement triste à l’idée de ne plus avoir à changer aucun caca. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de tout ce temps pour moi?

L'acceptation.

C’est un fait, je ne tiendrai plus de petit être dans mes bras. Et ça ne me manque pas.

  • Parce que j’ai la chance inestimable de voir les enfants que j’ai déjà grandir, mûrir, se construire.
  • Parce que j’apprécie de faire de nouveau des nuits entières, et même, soyons fous, quelques grasses matinées.
  • Parce que j’aime partir en voyage sans que mon coffre ne ressemble à un magasin de puériculture et faire une balade une journée entière sans avoir à rentrer pour leur sieste.
  • Parce que je peux les laisser plus facilement à d’autres et ne penser qu’à moi.

Et surtout, j’ai pris conscience qu’un jour -pas si lointain- il faudra que j’appelle leur enfance « le passé ». Et cela, quelque soit le nombre d’enfants que j’ai…

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Emilie
Emilie

C’est bien écrit comme d’habitude. Pour ma part je rêvais d’une grande famille de 4 enfants, moi fille unique. Et puis j’ai rencontre mon mari, nous voulions des enfants, enfin lui enfant unique également, se voyait bien avec un. Moi 2 était mon minimum… Et puis le temps a passer et nous avons accueillis notre 1er, le travail à fait qu’on a repoussé d’un an le deuxième. Et quand le petit + c’est affiché sur cette barre où l’on fait pipi, et bien je savais que ce serait la dernière fois. Cette grossesse je l’ai vécut pleinement, comme la 1ere… Lire la suite »